Le dispositif de cette bande est simple et fort : au premier plan, une table, dont un côté affleure le bas de l’écran. Au fond, une chaise vide adossée au mur. L’impression est celle d’un lieu clos et resserré, assimilable à l’intérieur même du moniteur. Vito Acconci pénètre dans cet espace et s’assied sur la chaise face à la caméra / spectateur, les bras sous la table, qu’il regarde. Il entame un monologue insistant et ambivalent, comme s’il cherchait à se convaincre tour à tour, soit qu’il y a une femme sous la table qui lui frotte les cuisses, soit qu’il se les frotte lui-même : "I want to believe there's no one here under the table […].I want to believe there's a girl here."1 Puis, redressant la tête, sortant ses mains de sous la table et se les frottant l’une l’autre, il s’adresse directement au spectateur : "I need you to keep your place there at the head of the table. I need to know I can count on you […]"2
Par ce mouvement d’exclusion / intrusion, cet essai de communication rappelle Home Movies : une femme hypothétique et invisible, la caméra / spectateur et l’artiste. En revanche, il n’y a plus ici de référence explicite au passé, à l’autobiographie et à l’oeuvre, mais à une donnée psychologique brute, qui force le spectateur à la situation de voyeur et de complice.
On peut ressentir la présence contraignante de cette table, où le reflet de Vito Acconci est bien perceptible, comme une métaphore de la télévision et de son écran. Undertone [à voix basse] renvoie également à la relation qui peut avoir lieu dans un confessionnal et à la perversion d’une éducation où tout ce qui se passe par en-dessous ne se fait pas.
K.B.
1 "Je veux croire qu’il n’y a personne ici sous la table [...]. Je veux croire qu’il y a une fille ici."
2 "J’ai besoin que vous gardiez votre place, là, au bout de la table. J’ai besoin de savoir que je peux compter sur vous […]"
source : http://www.newmedia-art.org
One of Acconci's most compelling works, Undertone is a confrontational attempt to engage the viewer in an intimate, ultimately perverse relation with the artist. Acconci sits at the end of a long table, arms hidden underneath, facing the camera/viewer. Looking down, he begins a hypnotic monologue as he tries to convince himself that there is a woman under the table rubbing his thighs, or, alternately, that it is only himself rubbing his thighs. "I want to believe there's no one here under the table ... I want to believe there's a girl here." Then, in a direct address, he implicates the viewer in this fantasy: "I need you to keep your place there at the head of the table. I need to know I can count on you..." Coercively positioning the viewer as both voyeur and accomplice, Acconci defines himself through the spectator as psychological other: "I need you to screen out my lies, filter out the lies from the real point of view."