Le film s’ouvre sur le port de Dunkerque où les fumées d’usines pétrochimiques signalent un monde industriel déshumanisant et rappellent les deux guerres dont le port fut le théâtre. De retour dans sa ville de naissance, Helmut, dont la vie a traversé le « court XXe siècle », cherche dans une chambre d’hôtel, à rassembler des fragments de son passé. Un kaléidoscope d’images lui tient lieu de mémoire ; en-deçà des narrations en lambeaux et des personnages anonymes, il trouve dans les ombres et les trouées blafardes des photogrammes de films qui le traversent, les échos assourdis, déformés de sa vie : sa toute petite enfance tout d’abord, avec l’occupation allemande du nord de la France en 1917, puis Berlin, entre la République de Weimar et le début des années 30. Mais le fil de la mémoire d’Helmut est fragile, et l’espace-temps se déchire, laissant violemment affleurer le présent. Confronté à ceux qui habitent les marges économiques, politiques et sociales du monde d’aujourd’hui, il rencontre ses doubles. Lui qui a été tour à tour l’Autre, le Déviant, le Fou, l’Etranger, le Migrant, comprend peu à peu que les crimes du siècle auxquels il a échappé s’enracinent dans un discours normatif d’élimination. D’autres réminiscences l’envahissent, collision d’images passées ou actuelles : Hartheim, château baroque de Haute-Autriche, où les discours des médecins sur “les vies indignes d’être vécues” ont pris corps dans l’extermination de fait des anormaux du IIIème Reich, le Berlin en ruines de l’après-guerre et celui d’aujourd’hui. Puis les visions d’Helmut nous entraînent à nouveau dans ce nord de la France où se convoquent d’autres moments de sa vie : dans le labyrinthe d’un grand établissement psychiatrique, le personnel qu’il a connu surgit alors du temps, pour raconter à la fois ce qui fut, et ce qui est désormais : une infirmière qui l’a soigné jadis, puis un psychiatre. Helmut, au cours de ce voyage dans l’espace et le temps, découvre in fine dans la banlieue de Dunkerque la présence des demandeurs d’asile, ces invisibles de notre époque. Entre couloirs bruyants, portes closes, et murs tristes, la responsable du lieu l’introduit au quotidien des migrants, leur survie, les rafles, les procès. Dans la ville industrielle à la lourde respiration rythmant les heures, Helmut, dont la mémoire travaille une histoire qui est encore et toujours la nôtre, a presque achevé sa quête et ce faisant, mis en perspective le devenir histoire du cinéma, et le devenir fiction du documentaire.
Dunkirk. A man returns to his hometown. His life has crossed the „short 20th century“. In a hotel room he tries to bring the fragments of his life together. His meories resemble a caleidoscope. Beyond pieces of stories and unknown persons, he finds in the shadows and weak lights of moving images a muffled and distorted echo of his life. Memories are fragile, space-time breaks, suddenly the present becomes painfully apparent. In people at the edge of nowaday’s society he encounters his revenants. He understands that the crimes of a century from wich he could escape are based in the discourse of extinction. In the industrial city whose heavy breathing rhythms the time, he continues his quest, and in so doing, puts to us in perspective, the being history of cinema, and the being fiction of the documentary.