
Cinéaste, poète, écrivain, dramaturge, essayiste, Pasolini laisse une œuvre monstre et protéiforme où se côtoient mythologie et politique, profane et sacré. A la fois porte parole des exclus ou des victimes des dominants, et critique sans concession des sociétés et du consumérisme, cet artiste total et ce penseur indépendant a su trouver avec le cinéma le moyen de dénoncer, dans une forme hybride autant poétique que documentaire.
Ses films ne sont pas des pamphlets, ses héros encore moins des militants, et d’ailleurs, il faudrait mieux parler d’« héroïnes », car nombre de ces personnages clés qui lui servent d’agents révélateurs sont des femmes: figures féminines qui lui permettent de critiquer la violence des rapports de domination.
Anna Magnani, Silvana Mangano, la Callas, jusqu’à sa propre mère, Susanna, à qui il donnera le rôle de la Vierge Marie dans L’Evangile selon St Matthieu, et bien d'autres l'accompagneront tout au long de sa vingtaine de longs métrages.
Des comédiennes et des personnages en miroir qui dévoilent et révèlent, à l’instar de Béatrice Dalle dans le film de Fabrice Du Welz, La Passion selon Béatrice. Un film qui servira de fil rouge pour cette conférence tant il nous parle d’une femme qui aurait pu être une actrice pasolinienne, et dont le regard et le visage sont comme une psyché posée sur l’œuvre d’un artiste.